S4E21 – Qui est malade : l’addict ou le lien social ?
Invité : Mathieu Bellahsen
🎙Cette semaine, on explore le lien entre addiction et santé mentale à l’ère du néolibéralisme et de l’obsession de la performance mentale avec Mathieu Bellahsen, psychiatre de secteur, auteur et lanceur d’alerte
💬 « Si vous voulez, le produit, il arrive dans un contexte. Il y a une anesthésie et puis il y a des moments aussi, on a besoin de s’anesthésier. Parce que le monde est trop dur, parce que, etc… Le problème, c’est quand l’anesthésie, elle se transforme en non-pensée de l’ensemble de ce qui nous arrive. »
On disait qu’une personne sur cinq souffrirait d’un trouble psychique. Puis une sur quatre. Aujourd’hui, une sur trois. Les chiffres montent.
Les diagnostics explosent. La “santé mentale” n’est plus seulement un sujet médical. C’est devenu une norme. Un langage.
Une manière de dire ce qui est acceptable… et ce qui doit être corrigé.
Dans les années 70, la toxicomanie bascule du côté de la psychiatrie. Puis la santé mentale devient stratégique, économique, gestionnaire.
On ne demande plus seulement : « Qu’est-ce que vous traversez ? » mais : « Comment allez-vous tenir, rebondir vous adapter ? ».
Aujourd’hui, la “bonne santé mentale” est souvent définie comme la capacité à se réaliser, à surmonter, à être productif, à contribuer, à être… Allez-y chez vous, vous le savez… à être… Allez 2 indices: mécanique et Cyrulnik. Il rime avec médicament, résilient…
Mathieu Bellahsen, psychiatre de secteur, auteur, entre autres, de « La Santé mentale : vers un bonheur sous contrôle » où il développe le concept de “santémentalisme”, cette articulation entre santé mentale et néolibéralisme, et « Abolir la contention », ne nie pas la souffrance. Il dit l’inverse : on l’aseptise, on la transforme en objet industriel, on la dépolitise. Il appelle à une psychiatrie plus humaine, attentive aux parcours intimes plutôt qu’aux diagnostiques sur étiquette. Oui, la santé mentale est positive, et performante.
Mais que devient celui qui ne tient plus ? Celui qui consomme pour survivre ? Celui qui rechute ? Celui qui s’effondre sous un management délétère et à qui l’on propose d’abord des antidépresseurs plutôt que de questionner l’organisation du travail ? L’addiction est-elle un trouble individuel ? Ou le symptôme le plus lucide d’un monde qui rend dépendant ? Alors qui est malade ? L’addict… ou la société qui le produit ? L’addiction relève-t-elle d’un trouble psychique ou d’un effondrement du lien humain ?
🖇 Références :
📚 La Santé mentale : vers un bonheur sous contrôle (Éditions La fabrique, 2014)
📚 Abolir la contention (Éditions Libertalia, 2023)









